Serge Deluxe - Le film
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Vendredi, 22 Août 2014 12:09
 Serge-et-Flop 
 SERGE DELUXE (Le Film)
France - 2009 – 1h19

Réalisateur : Père Thias
Scénario : Père Thias, Pausewhyte, Artopique
Production : Aïl Aïl Aïl
Conseiller artistique : Sergio Leonardo
Effets spéciaux : Budget Zéro Entertainment
Musique : Johnny Holliday
Interprètes : Serge Deluxe (dans son propre rôle), Burt Blanca (dans le rôle du salami), Serge Beatnuts (dans le rôle du paperboy), Les Béruriers Noirs (dans le rôle des kidnappeurs), Monsieur Courge (dans son propre rôle), Tiag Deluxe (dans le rôle de la compagne de Serge), Jacques-Serge Cousteau (dans son propre rôle), Serge Ingalls (dans son propre rôle), Georges Lucas (dans le rôle de Lucas), Serge Marley (dans son propre rôle), Bat Serge    (dans son propre rôle), Serge Hippontoise (dans le rôle de la banlieue), Bernard Lama (dans le rôle du chameau), Serge Lama (dans le rôle du Dalaï-Lama), Lisa et Lilou Ingalls (dans le rôle des filles de Serge Ingalls), Rick Hunter (dans le rôle du lapin)...


Une fable sauvage sur la liberté

En fait, il est difficile de résumer un film comme Serge Deluxe. Une fois la situation de départ posée, le métrage prend la forme chaotique d'une suite de saynètes au cours desquelles un cowboy de quartier résidentiel profite à fond de sa liberté et de l'amour de sa paire de santiags, en se livrant à toute une série de farces et de méfaits : beuverie, dégustation de salami, escalade, danse...

Serge Deluxe pourrait n'être que la peinture classique d'une révolte dans le Far West abigeois. Mais le réalisateur prend le parti de faire interpréter son film par un acteur sans tête, lui donnant ainsi une étonnante tonalité insolite et la forme d'une fable complètement déréalisée. De même le no man's land sauvage et cathare où se déroule le film accentue encore la bizarrerie du métrage, lequel a souvent été rapproché de « Un film comme les autres » de Jean-Luc Godard, sorti en 1968 (que le réalisateur n'a pourtant jamais vu).
Serge Deluxe dans lequel un rocker révolté laisse libre cours à ses instincts les plus sauvages, paraît un conte anarchiste, dont le déroulement ne suit aucune règle. Sa réalisation souligne encore son caractère délirant et spontané par le recours très fréquent à des séquences filmées caméra à l'épaule et à des effets spéciaux signés Budget Zéro Entertainment.

Quoi qu'il en soit, Serge Deluxe est un film unique, aussi bien par son propos nihiliste que par sa forme anarchique et agressive. Il vaut d'ailleurs des ennuis à la maison de production Aïl Aïl Aïl, la censure ayant mis cinq ans avant de se décider à en autoriser la distribution. Certains accusent le réalisateur d'exploiter ses acteurs ou de tourner en dérision la grandeur du rock'n'roll français.



Une œuvre poétique exploratoire

Lors du tournage, il suffisait au réalisateur de prononcer un mot, un seul, et ses interlocuteurs fuyaient épouvantés. « Serge Deluxe ».
À entendre le titre de son documentaire, des marchands lui ont interdit de tourner dans leur boutique. Des rédacteurs de magazines lui ont refusé l'utilisation de leurs photos. «Votre projet est une preuve de la déchéance du cinéma français », a même craché un gérant de vidéo-club! Père Thias nous confie : « En 10 ans de carrière, je n'avais jamais vu ça, dit-il de sa voix posée. Là, j'ai compris que les gens avaient peur de ce que j'allais dire... ».
Car la santiag en dit long sur la position réelle de l'homme moderne dans la société. Et le talon fausse son contact avec la terre. Voilà qui peinerait l'ethnologue Freddy Cruder. Selon lui, « nos chaussures conditionnent notre façon d'avancer dans la vie. Elles donnent des indications sur notre statut social, notre richesse, notre occupation, notre âge... même l'état de notre libido. C'est une porte ouverte sur nous ».

Il y a une réelle volonté esthétique dans ce court métrage, qui mélange plusieurs genres ou intonations. Certes, tout ceci est maladroit, mais pas complètement idiot ou inintéressant. J'ai eu l'impression, toutes proportions gardées, n'exagérons rien (!!!), en le regardant pour la première fois, d'avoir affaire au Chien andalou de Buñuel. Surréaliste est le mot qui convient pour exprimer l'aspect plastique qui se dégage de ces dizaines de minutes de délire. Il y a aussi certains éléments qui font songer à l'expressionnisme allemand. Le surréalisme étant lié à l'expressionnisme, bien évidemment.

Au fond, ce symbolisme présente un monde en marge, un univers onirique, où le bizarre est le fin mot de l'histoire. La conscience du spectateur se scinde et il doit trouver une voie inexplorée dans sa propre pensée, dans l'image qu'il projette en lui de l'univers qu'il habite. L'intrigue est hallucinée, l'atmosphère fantastique et invraisemblable. Le spectateur sombre dans une demi-conscience,  comme s'il était sous l'usage de substances illicites. La rationalité n'est plus de mise.

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